Guide de pêche au bar, au départ d'Arradon.

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01/04/2014 Le débat sur la taille du bar : 42 cm, une décision qui peut être discutable

La loi s’impose à tous. Je me suis donc empressé de respecter les dispositions de l’arrêté avant même la parution au JO. Ayant capturé deux jolis petits bars de 38 cm, nous nous sommes empressés de les remettre à l’eau et mes pêcheurs sont partis avec à la place, deux beaux reproducteurs d’une cinquantaine de centimètres… Pendant ce temps là, un pêcheur amateur ayant installé une ligne de fond avec une quinzaine d’hameçons en plein milieu du courant de la pointe d’arradon, côté pointe, remontait une dizaine de bars morts dont 8 étaient inférieurs à la nouvelle taille légale. Il jeta donc les 8 bars et garda deux beaux reproducteurs le corps tendu et la gueule ouverte comme tous les poissons noyés sur les lignes de fond…

Pendant le même temps, la baie d’Arradon était couverte de dizaines et dizaines de bouées jaunes, signes d’une activité professionnelle peut-être disproportionnée par rapport à cette baie presque fermée. Pendant ce temps, les queues sont coupées , ce qui n’empêche pas les reventes par les habitués de ces pratiques de continuer.

On voit bien que quelques chose ne va pas. C’est vrai que la plupart des pêcheur amateurs, qui passent si peu de temps au bord de l’eau pour souvent ne rien prendre, peuvent à juste titre imaginer qu’en renforçant la règlementation par une augmentation de la taille, on verra les captures augmenter. Parmi les défenseurs de ces nouvelles règles, il y aussi les chercheurs de gros bars, dont l’égo est égal au poid multiplié par la quantité, qui oubliant leurs effets d’annonce sur leur pratiques respectueuses, tuent sans vergogne ni limite toutes leurs captures. Et passant plus de 200 jours sur l’eau chaque année, je dois reconnaître que c’est la triste majorité, mais aussi que certains comportements, souvent des plus discrets, me réjouissent par leur civisme.

En conséquence , on arrivera donc à de nouvelles restrictions dont la limite du nombre de captures. Les pêcheurs de loisir verront donc leur espace de liberté se réduire sous l’impact de la multiplication des textes pour disparaîte sans doute un jour sous la pression des écologistes qui prendront le relais.

Le débat :

La taille minimum du bar dans nos régions était de 36cm et c’était très bien pour éviter la revente massive de de juvéniles au moyen de filets, chaluts ou tout autre moyen élaboré. Encore que tous le saisons remis à l’eau sont morts…

Cependant et à l’inverse de ce qui se dit habituellement, nous préférions qu’un pêcheur garde un bar de petite taille (36/42 cm) et remette à l’eau les belles pièces. Ceci sous réserve qu’on instaure une limite les captures à 3 ou 4 unités par jour et par pêcheur par exemple. (deux dans le cadre de notre charte des guides de pêche)

Pour imager ce débat, imaginons la pyramide des populations en fonction de l’ âge : le cheptel de petits bars est important et subit une prédation ou mortalité naturelle forte : si, par exemple, sur cent petits bars de 36cm, vous en prélevez 3, il restera 97 poissons. Et encore, en considérant que les petits poissons que vous aurez gardés n’aient pas fait partie ensuite du prélèvement naturel du à leur taille.

Dans le cas des bars plus gros de 42 cm et plus, magnifiques reproducteurs plein d’oeufs pour l’année en cours; s’ils représentent 10% des « petits » (je suis sans doute optimiste), soit 10 unités, on peut suggérer que 50% est susceptible d’arriver indemne sur frayères. Si vous en prélevez 3, vous prélevez 30% du stock des 10 du départ. Il en reste 7, moins 5 qui sont tués ou prélevés autrement, il en restera 2 qui arriveront sur frayères… Les conséquences sont dramatiques sur des géniteurs et génitrices au mieux de leur forme.

C’est un raisonnement qui me semble-t-il a fait ses preuves en rivière sur des populations mesurables ou réduite la taille en limitant le nombre a moins d’impact que le même nombre avec des captures plus grosses. C’est aussi pour cela que les prélèvements professionnels sur les frayères du Golfe de Gascogne ou de Manche sont risqués : en effet, sont prélevés les meilleurs géniteurs et génitrices qui ont su arriver sur les lieux malgré toutes les embuches. Je crois que L’Irlande de son côté a réservé le bar à la pêche de loisir et en tous les cas repecte une période de fermeture … Cela montre la différence de culture entre les pays européens.

D’ailleurs, le fait qu’un bar de 36 à 42 cm ait reproduit une fois ou non est un point de vue, me semble-t-il, subjectif et qui n’a pas d’impact sur la biomasse. C’est une approche humaniste en quelque sorte ! Et en inversant le raisonnement, on se demande pourquoi il faut attendre qu’un poisson soit enfin reproducteur pour le tuer… Il y a même une certaine forme de manque d’intelligence à défendre les 42cm. Les ayatollahs du 42cm sont très souvent ceux qui tuent tous les gros poissons capturés. J’en ai été un témoin invisible mais très présent lorsque j’ai fait mon stage de matelot à Larmor-Baden sur la navette de Gavrinis. J’en ai vu revenir de ces rois des forums avec l’arrière des bateaux pleins de gros bars (jusqu’à 30) macérant dans l’eau chaude ou au soleil…

D’ailleurs, un pêcheur venu sur mon bateau et lecteur de mon site me fit un mail intéressant en comparant avec la chasse où les populations sont parfaitement et objectivement quantifiables :

« Je réagis à ton commentaire sur la taille des poissons et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la gestion du grand gibier. Dans l’approche de la gestion du grand gibier, une des bases est le prélèvement d’animaux qui n’ont pas encore atteind l’âge de la reproduction et de limiter le prélèvement des animaux adultes qui sont dans leur pleine capacité à se reproduire…

Le calcul est très vite fait sur la base de la pyramide des âges ; le prélèvement d’animaux non adultes génère mathématiquement un développement de la population. A l’inverse, dès que tu prélèves des reproducteurs, tu  »tues » la génération qui pouvait suivre dans l’année, soit plusieurs animaux.

Si nous remontons à une quinzaine d’années en arrière, tu passais pour un idiot si tu tuais un sanglier de 30 Kg et pour un fou si tu prélevais un cervidé de moins de 70 Kg. Heureusement dans ce domaine les mentalités ont bien évolué. »

Donc le parallèle est très vite fait avec nos amis les poissons !

C’est vrai que lorsque qu’on repense à l’histoire humaine on a constaté que l’effondrement des populations, parfois en presque totalité était chaque fois lié à des grands drames impliquant la mort des adultes comme lors des épidémies de peste (Cf. « l’identité de la France » de Fernand Brodel) ou des grandes famines comme en Irlande au milieu du dix neuvième siècle. en revanche certaines époques et encore aujourd’hui ont montré chaque fois qu’une forte mortalité infantile allait de paire avec une reproduction accrue et une augmentation de la population.

Cette approche a été conforté auprès d’un scientifique de ce domaine et que j’ai rencontrés, mais je reconnais que je peux me tromper sur mes conclusions, mais que si c’est vrai il faudra du temps pour faire évoluer les mentalités forgées au fil des articles construits sur des « sophismes » des « probables » ou des « logiques » … du genre lu récemment : « le poisson se nourrit le matin parce qu’il n’a pas été dérangé la nuit… C’est logique, ça fait bien, mais pouvez-vous le démontrer où existe-t-il mille autre raisons cause de ce comportement ? La dérive de la pointe d’Arradon, sans doute l’une des plus fréquentées en pêcheurs et trafic de bateaux en France, est excellente, particulièrement quand beaucoup de bateaux circulent en remuant le fond. Autre exemple, je pêche plus d’heures en une année que certains pêcheurs dans une vie et je suis incapable de démontrer qu’une couleur de leurre marche mieux qu’une autre : je suis capable de dire cette couleur marche bien, c’est tout… Il faudrait deux leurres identiques en parallèle, de couleurs différentes et un poisson à égale distance des deux. Ensuite renouveler des centaines de fois sous réserve que le bar …ait bien la même vue des deux yeux, …ne soit pas gaucher et …n’ait pas des goûts différents d’un individu à l’autre etc. Je force le trait bien entendu… Cependant, Il y a peu de temps, en mars 2012, nous pêchions le lieu à la mitraillette : Le pêcheur équipé des plumes rouges prenait tout ; celui équipé des plumes blanche rien ! Au bout d’un moment ils ont échangé leur canne et ce fut toujours le même pêcheur qui a continué à prendre avec les blanches cette fois-ci. Nous n’aurions pas procédé à cet échange, j’aurai pu vous garantir mordicus que c’était les rouges qui marchaient ce jour là… Au final je peux supposer : a) que c’est le hasard des rencontres de bancs, b) que les lieus ont pris les rouges puis les blanches, c) qu’un pêcheur était plus habile que l’autre. d) rien du tout. PS : A noter qu’à cette profondeur la couleur rouge ne doit pas beaucoup se voir…

En conclusion, je suis pour, concernant la plaisance :

1- La limitation du nombre de captures de bars par pêcheur et par jour,

2- La remise l’eau des poissons entre 50 et 65 cm (1)

3- Maintenir la taille minimum à 36cm

4- Annuler le dispositif sur les queues coupées.

(1) La courbe de fertilité diminue avec l’âge; j’ai pris 65 cm, mais les scientifiques pourraient dire quelle est la taille à partir de laquelle la fertilité diminue fortement et à partir de quelle taille un prélèvement d’impacte plus sur la reproduction.



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